Le Sénégal a hérité d’une tradition coloniale chrétienne qui cala le rythme de l’administration coloniale au rythme de la pratique religieuse chrétienne. Aussi les jours fériés ainsi que les horaires de travail ont-ils épousé le calendrier religieux chrétien hormis les fêtes civiles et les fêtes musulmanes de la korité et de la tabaski, le lendemain de cette dernière n’étant pas férié. Au chapitre des fêtes chrétiennes, on pourra citer entre autres Toussaint, Pâques, Ascension, Assomption, Noel, Pentecôte.
L’administration postindépendance a poursuivi cette tradition, dans un pays soit dit en passant, musulman à 95% de sa population. Mais cette posture ne semblait pas déranger outre mesure depuis les indépendances jusqu’à une période récente qui a vu l’ancien président de la République Abdoulaye Wade (pour des raisons politiciennes ou objectives, à chacun d’en juger) décréter le Magal de Touba (événement religieux de la confrérie mouride) férié pour l’année 2012. Le président Macky Sall s’est engouffré dans cette brèche pour renouveler l’opération pour l’édition 2013 du Magal de Touba.
Certains éléments de contexte se révèlent utiles à rappeler. Le Sénégal dispose de plusieurs confréries et mouvements religieux (moins d’une dizaine) qui ont chacune leur jour de commémoration ou de célébration (Tijaniyya, Mouride, Layène, Niassène, Qadir…). Chez les catholiques, il faut mentionner le pèlerinage annuel de Popenguine. On pourra rajouter les nombreuses autres fêtes traditionnelles ou animistes (qui ne font pas l’objet de jours fériés).
Devant un tel contexte, le sérieux veut que la question des fériés au Sénégal ne se règle pas à coup de décret annuel. Le propos du post n’est pas de juger du caractère pertinent ou non de décréter le Magal férié; de nombreux éléments objectifs pourront d’ailleurs plaider en faveur d’une telle décision. Mais la réflexion ici posée, va au-delà d’une seule confrérie et des seuls acteurs religieux. Il est question de méthodologie de travail et de processus de décision. En effet, une telle posture unilatérale prête à conséquences diverses dont un sentiment inégalitaire qui pourrait potentiellement perturber l’équilibre social.
Un jour férié induit plusieurs répercussions sociales, économiques, administratives, structurelles etc. Le choix d’en décider devrait donc faire intervenir l’ensemble des acteurs concernés. Au rang des parties prenantes à consulter, il y a les représentants religieux de l’église, de l’islam et des communautés traditionnelles ou animistes; les opérateurs économiques, les sociologues, le monde de l’éducation, divers syndicats, la société civile et l’Etat (liste non exhaustive).
Jusque là, les personnes souhaitant se rendre au Magal ou à d’autres événements religieux usaient de leur compteur « temps » et posaient des jours de congé. Une des pistes de travail serait de comptabiliser le nombre de jours de congé payés posés lors de ces événements afin de bien peser le besoin. Il sera utile d’affiner ce travail par une approche statistique multisectorielle pour mieux aider dans les décisions à prendre en évaluant les conséquences économiques notamment pour les différents secteurs. Au sein du Ministère de l’Economie et des Finances, la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE) a déjà travaillé sur les répercutions économiques des jours fériés.
Pour garantir une paix sociale comme cela a toujours été le cas au Sénégal, il est inopportun d’opposer les citoyens par de telles mesures asymétriques. Il ne s’agira pas non plus crier haro sur les fêtes religieuses chrétienne (il n’y a d’ailleurs aucune revanche à prendre, juste un pays à administrer et une paix à perpétuer). L’idée ici est juste de trouver des solutions concertées sur la question des jours fériés afin d’opérer les meilleurs choix pour notre pays et non d’utiliser de façon discrétionnaire le décret comme solution miracle. Cet outil est au mieux, un pansement (d’urgence). Il ne s’inscrit guère dans une logique d’administration pérenne et planifiée.
Yatma DIEYE
Club Upsilon
Cercle de Reflexion pour le
Développement du Sénégal
Yatma Dieye